Ce samedi, nous nous sommes rendus avec des amis à l’acte XI à Paris. Arrivés place de la Bastille, nous n’avons pas pu avancer. Encadrés par des cordons de forces de l’ordre, nous avons vu un nuage de fumée au loin. Nous avons compris par la suite que c’était le théâtre d’un drame qui s’était produit là, avec cet homme que je connais pas, Jérôme Rodrigues.

Samedi 26 janvier 2019, nous nous sommes rendus avec des amis, en toute tranquillité, à l’acte XI du mouvement populaire des gilets jaunes à Paris. Nous étions à 15h au rassemblement de soutien au peuple palestinien colonisé par l’état d’Israël. Puis c’est vers 16h nous avons rejoint le cortège des gilets jaunes qui étaient sur la Rue de Rivoli. La manifestation s’est déroulée dans une ambiance bon enfant rythmée par des slogans, des échanges riches avec des inconnus. Un chanteur non voyant nous a accompagné en chanson, Jessy. Bref, c’était un moment inoubliable !

Malgré cette liesse, le cortège a été empreint d’une certaine tristesse car nous avons vu un homme sonné par un tir de LBD. Touché à l’œil, cet homme s’est relevé après avoir été pris en charge par les street medics. Puis il nous a dit : « allez, on y va les gars ».

« Nous avons compris par la suite que c’était le théâtre d’un drame qui s’était produit là »


Arrivés vers la place de la Bastille, nous n’avons pas pu avancer. Encadrés par des cordons de forces de l’ordre, nous avons vu un nuage de fumée au loin. Nous avons compris par la suite que c’était le théâtre d’un drame qui s’était produit là, avec cet homme que je connais pas, Jérôme Rodrigues. Je l’ai juste vu à la télé. Je n’y croyais pas. Nous étions passé devant lui peu de temps avant, il s’exprimait calmement devant une caméra de journaliste.

Nous avons décidé, au vu de la situation étouffante avec ce grand nuage de fumée, de rebrousser chemin afin de rejoindre le rassemblement nocturne qui était prévu place de la République. Nous avons pris un café dans une brasserie surélevée par rapport à la place. Des policiers étaient de l’autre côté de la baie vitrée et nous narguaient. L’un d’entre eux, détendu, nous a montré son téléphone sur lequel il jouait à un jeu vidéo pendant que nous étions médusés d’apprendre la nouvelle au travers de la vidéo live de Jérôme Rodrigues qui venait d’être blessé à l’œil. En nous voyant regarder le live de Jérôme, les flics se marraient.

« Nous sentions les explosions comme si elles sortaient de nos corps »

Malgré la sidération, nous avons décidé de rejoindre le rassemblement sur la place. Il y avait de la musique, des stands de vente de sandwichs. Mon amie m’a dit : « on dirait la fête de l’huma ». Puis nous avons senti l’étau se resserrer. Et là s’en est suivie une charge violente des forces de police qui lançaient des grenades de désencerclement dans nos pieds. Nous sentions les explosions comme si elles sortaient de nos corps.

Mais on ne s’est pas lâchés, on se tenait par la main. On nous a poussé jusqu’au Faubourg du Temple où nous avons trouvé un cordon de CRS qui nous a empêché d’accéder à la rue. Deux femmes âgées, qui n’étaient pas des manifestantes, ont souhaité négocier pour regagner leur domicile. Elles sortaient de la salle de sport. Les flics n’ont pas voulu les laisser passer, malgré notre insistance. On leur a demandé : « mais on passe par où alors ? » « Je veux pas le savoir, allez par là ». Ah ouais !? On s’est retournés, et là le canon à eau arrosait tout sur son passage. Alors nous sommes restés sur place d’abord collés au cordon de police, puis nous nous sommes alignés dos au mur, car les flics nous ont fait reculer.

De l’autre côté, on a vu les agents de la BAC arriver en rangs serrés vers nous. Et là on s’est dit ’ça y’est, ils vont nous défoncer’. On leur a demandé de nous laisser passer et eux aussi nous ont recalés. Ils nous ont dit de rester là. Finalement, on est retournés vers le premier cordon de flics sur notre droite qui nous ont laissés passer de même que les mamies que nous avions gardées à nos côtés pour les protéger. Une fois tirés d’affaire avec mes amis, on s’est dit : « c’est plus de gardiens de la paix, c’est les forces de l’ordre…! »

Je précise que j’ai des gosses, ados. J’ai peur pour leur avenir. Un jour je ne serai plus là pour les aider. Alors c’est maintenant que je dois agir.

Source : Révolution Permanente


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